Prêter l'oreille


Christine Bourgier      

Mon projet de création : « Prêter l’oreille » est en lien avec mon sujet de maitrise : Exploration des traces laissées par des épisodes exceptionnels de vie et des entrées en résistance qui s’en suivent dans une pratique multidisciplinaire de l’image. 

 

 

 

Alors, ces épisodes exceptionnels de vie quels sont-ils? La maladie, la violence conjugale, la mort aussi. 

 

Je vais m’arrêter sur un épisode de ma vie : 1810 jours. 1810 jours entre la suspicion de récidive de cancer de mon ex-conjointe (qui s’appelait Christine, elle aussi) et son décès le 1er décembre 2020. 1810 jours d’espoir, de peur, de questionnement, de déception, de quête. 1810 comme ces biscuits de la fortune que j’ai ouverts un à un, comme un mantra, dans un extraordinaire mouvement cathartique. 

 

Un écho à la performance de Victor Pilon intitulée « Sisyphe », en hommage à son conjoint décédé où la répétition, la lenteur du mouvement sont omniprésents. Pilon pendant 182 heures de performance déplace 300 tonnes de sable à l’aide d’une pelle et parcourt 600 kilomètres.

 

 

 

Je choisis l’épure pour mon projet de création. C’est un livre d’artiste composé notamment de textes extraits des écrits de Christine et de moi mais aussi de photographies qui ne montrent rien, mais dans lesquelles le hors champs constitue un pouvoir évocateur puissant. 

 

Ce livre n’a pas une forme conventionnelle; il se déroule dans un mouvement perpétuel, un éternel recommencement et sur un mur, la projection de l’ouverture des 1810 biscuits de la fortune. Dans ces biscuits, trois différentes phrases de Christine : 

 

-       Tant qu’il y a de l’espoir il y a de la vie

 

-       Malade je dois prendre en charge ma maladie pour pouvoir choisir

 

-       J’explose, j’explose de l’intérieur; de l’extérieur j’explore

 

 

 

 

 

Ma démarche de création a pour objet de « donner à imaginer » comme l’affirme Éric Millet dans Trace de vie : « On ne prend pas une photo pour ce qu’elle montre, mais au contraire pour ce qu’elle cache. »

 

 

 

 

 

Mes principales filiations théoriques :

 

Susan Sontag La maladie comme métaphore.

 

C’est aux notions de métaphore mais aussi de déconstruction des mythes autour de la maladie ainsi qu’à la responsabilité et à la culpabilité de la personne malade que je m’attarde.

 

 

 

Nicolas Lévesque Le deuil impossible nécessaire.

 

Le concept d’expérience intime de la perte accompagne mon projet de création mais aussi le questionnement de la conception traditionnelle du travail du deuil : « On ne fait pas le deuil, c’est lui qui nous fait ».

 

 

 

Barbara Formis Esthétique de la vie ordinaire.

 

La séparation ou non entre l’art et la vie m’interpelle, de même que les concepts de l’ordinaire et du quotidien. 

 

 

 

Vinciane Despret : Au bonheur des morts, Récits de ceux qui restent.             Comment les vivants parviennent à accueillir la présence de leurs défunts. 

 

 

 

 

 

Mes principales filiations artistiques:

 

 

 

Johanne Jarry, artiste interdisciplinaire.

 

 

 

Une Histoire de la Briqueterie est un livre-objet de six carnets pensés comme autant de briques. Il relate l’histoire de cet ancien bâtiment à partir de témoignages, de documents photographiques et administratifs, et d’ateliers d’écriture déambulatoires impliquant la population.

 

L’esthétique du texte et sa mise en scène sont des éléments centraux de mon projet.

 

 

 

 

 

Heidi Barkun, Artiste transdisciplinaire.

 

 

 

Let’s get you pregnant! plonge dans l’univers de la fécondation in vitro en s’appuyant sur les témoignages de femmes ayant fait l’expérience de traitements infructueux. Des artéfacts de traitements des participantes sont présentés.

 

Mon projet dénonce un système défaillant et met en lumière l’écart entre la norme (la maternité pour Barkun, la santé dans mon cas) et la réalité. 

 

 

 

 

 

Chantal Dupont, Artiste pluridisciplinaire.

 

 

 

Du front tout autour de la tête est un journal vidéo réalisé entre le 4 mai 1999 et le 1er février 2000 alors que l’artiste subit des traitements de chimiothérapie. Cette œuvre regroupe une série d'autoportraits, une tête dans tous ses états. 

 

 

 

L’évocation du cancer, des relations avec le personnel soignant, des effets des traitements sont également présents dans mon travail. Le journal matérialise la durée, le cheminement, la quotidienneté. 

 

 

 

Je découvre que la narration peut prendre différentes formes, utiliser différents mediums. La narration n’explique pas forcément, elle peut être composée d’émotions, de souvenirs, de sensations.

 

 

 

 

 

 

 

BIBIOGRAPHIE :

 

 

 

Sonstag, S. (1989). La maladie comme métaphore. Le sida et ses métaphores. Paris, Christian Bourgeois Éditeur (p.13-133)

 

Lévesque, N (2013). Le deuil impossible nécessaire. Québec, Éditions Nota Bene - La mémoire en deuil (p.72-137)

 

Formis, B (2010). Esthétique de la vie ordinaire. Paris, PUF (p.38-52)

 

Despret, V (2015). Au bonheur des morts, récits de ceux qui restent. Paris, Éditions La Découverte.

 

Lani-Bayle, M et Milet, É (2012). Trace de vie. De l’autre cote du récit et de la résilience. Lyon, Chronique sociale (p.41)

 

 

 

 

MÉDIAS :

 

Prêter l’oreille 1 : 2023, photographie numérique

 

Prêter l’oreille 2 : 2023, photographie numérique 

 

Prêter l’oreille 3 : 2020, vidéo 8’28